Natures et infrastructures : pour une anthropologie de la ville, des techniques et de l’environnement

Thomas Cortado, ATER à l’ENS

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RÉSUMÉ : Ce séminaire a pour objectif de montrer comment le détour par les infrastructures – les réseaux de transport, le tout-à-l’égout, les centrales électriques – nous incite à repenser les rapports entre la ville, les techniques et la nature. En effet, les infrastructures ne se réduisent pas à de grosses installations physiques que pilotent des technologies particulièrement sophistiquées, elles sont composées de relations en même temps qu’elles composent des relations, à la frontière de l’homme et de la nature. Elles occupent d’ailleurs une position stratégique dans l’intensification des crises écologique et sanitaire : les infrastructures transforment en profondeur l’environnement, en répercutant l’action humaine sur de vastes échelles de temps et d’espace, et agencent les rapports entre les corps et les processus naturels.

Le séminaire comporte trois blocs. Le premier aborde la construction des infrastructures comme objet par les sciences sociales. Il expose les contributions de la socio-histoire des macro-systèmes techniques, de la géographie critique et de l’anthropologie. Il accueillera Anne-Christine Trémon, directrice d’étude à l’EHESS, qui discutera de l’approche par les communs et les biens publics.

Le deuxième bloc traite plus spécifiquement des rapports entre infrastructures et nature, en approfondissant trois approches possibles. La première s’en réfère au concept de «  cosmopolitique  », tel qu’il a été repris dans les travaux de Bruno Latour et Isabelle Stengers, ainsi qu’à celui «  d’assemblage  ». La deuxième, qui n’est pas sans rappeler certaines prémisses du marxisme, pense les infrastructures comme une extension du métabolisme urbain, en apportant aux corps les éléments naturels nécessaires à leur activité et en expulsant ceux que cette dernière rejette. La troisième approche, sous l’égide de l’Anthropocène, s’intéresse aux échelles d’espace et de temps impliquées dans la transformation de la nature par les infrastructures. 

Le troisième bloc explore quelques directions récentes de la recherche sur les rapports entre nature et infrastructures, comme la contribution de ces dernières à l’actuelle crise écologique, la participation de la nature au fonctionnement des infrastructures, les relations interespèces, de coopération et de compétition, que les infrastructures rendent possibles, ou encore la place des infrastructures dans le gouvernement des épidémies. Au terme de ce parcours, c’est sur la validité de la distinction même entre nature et infrastructure qu’il faudra nous interroger.

Ce séminaire comportera deux lectures obligatoires par séance, pour un total qui ne dépassera pas les quarante pages. Comme l’essentiel de la bibliographie est en anglais, une certaine familiarité avec cette langue reste souhaitable. Il est ouvert aux étudiant.e.s de l’ENS et du master PDI, ainsi qu’aux auditeurs et auditrices libres. 

HORAIRES : 12 séances de 2h, le mercredi de 14h à 16h, du 18 janvier 2023 au 12 avril 2023. Salle R3-46 (Campus Jourdan). 

VALIDATION : L’évaluation comprend trois étapes. D’abord, il est demandé aux étudiant.e.s de participer à la discussion des textes, en résumant leurs arguments, posant des questions ou en formulant des critiques. La note de participation comptera pour 15% de la note finale. Ensuite quatre exercices ethnographiques seront distribués aux étudiants au cours du semestre, auxquels il faudra répondre sur deux pages à chaque fois. Le déroulé de ces exercices fera l’objet d’une présentation détaillée lors de la première séance. Ils compteront pour 35% de la note finale. Enfin, il sera demandé aux étudiants de rédiger un texte de dix pages (maximum) en fin de semestre confrontant leur objet à la bibliographie du cours, qui répondra pour 50% de la note finale. 

PROGRAMMATION : 

Séance 1 : Présentation du séminaire de recherche

PARTIE I : LES INFRASTRUCTURES, UN OBJET INTERDISCIPLINAIRE

Séance 2 : La socio-histoire des macro-systèmes techniques

Séance 3 : La géographie critique des villes éclatées

Séance 4 : L’anthropologie des infrastructures 

Séance 5 : Gouvernance infrastructurelle

PARTIE II : APPROCHES DU RAPPORT INFRASTRUCTURE/NATURE

Séance 6 : Les cosmopolitiques : le cas du TGV

Séance 7 : Le métabolisme urbain : les circuits de l’eau

Séance 8 : Le point de vue de l’Anthropocène : l’exemple du nucléaire

PARTIE III : QUELQUES DIRECTIONS DE RECHERCHE

Séance 9 : Les origines de la crise climatique : les infrastructures thermiques

Séance 10 : La nature comme infrastructure : les paysages de l’eau

Séance 11 : Les collaborations interespèces : la gestion des déchets

Séance 12 : Combattre les microbes : la sécurisation des aéroports