Conflits de modernité. Ecologie, genre, race

Pablo Blistein, Marion Fontaine, Cyril Lemieux, Cédric Moreau de Bellaing,

S1 et S2, 6 ECTS

Il est courant, dans l’analyse des conflits sociaux, d’opposer le traditionnel au moderne : certains groupes, dit-on, seraient trop attachés au passé, trop engoncés dans des croyances et des pratiques « dépassées » ; ils « résisteraient » à la modernité, redoutant de se confronter à ses exigences. Cette disqualification se renverse parfois, ainsi dans certaines analyses contemporaines, dans l’apologie des cultures ou des communautés « traditionnelles » – les « bons sauvages », les « primitifs de la révolte » – tentant de contrer le rouleau compresseur de la modernité. Si cette conception est insatisfaisante pour les sciences sociales, c’est qu’elle préjuge, dans un cas comme dans l’autre, de ce qui est moderne et ce qui ne l’est pas, quand il faudrait plutôt examiner comment la détermination de la « bonne » modernité est l’objet même des conflits. Suspendre le jugement sur le caractère « non moderne » des mouvements sociaux qui s’opposent à une définition donnée de la modernité, apparaît ainsi comme un préalable indispensable. Un tel geste de suspension est seul à même de nous faire comprendre en quoi ces mouvements oppositionnels, même lorsque leurs justifications se traduisent par un anti-modernisme doctrinal, s’inscrivent en réalité dans une forme de pensée et d’action revendicatives typiques des sociétés modernes. On est en droit, à cet égard, de les envisager comme produisant des formes alternatives de définition de la modernité et en cela, comme étant partie prenante de « conflits de modernité ». Telle est du moins la perspective que l’on développera dans ce séminaire, en tentant de faire apparaître ce que le recours à un cadre d’analyse fondé sur la notion de « conflits de modernité » peut changer concrètement dans le travail tant des historien·ne·s que des sociologues. Un certain nombre de grands dossiers seront abordés (à titre indicatif : les conflits autour du travail, de la décolonisation, du féminisme, de l’écologie ou de la culture) qui permettront de réexaminer et de réinterpréter à cette lumière des enquêtes empiriques issues des deux disciplines. 

3e vendredi du mois de 12h30 à 14h30 (Campus Condorcet, salle 3.09, Cours des Humanités, 93300 Aubervilliers), du 15 octobre 2021 au 17 juin 2022.

Journée d’étude le vendredi 24 juin 2022, de 8 h 30 à 18 h 30, salle 3.09, centre de colloques, campus Condorcet, Aubervilliers.