Violences de genre et sexualité dans l’enseignement supérieur

Pierre Alayrac, agrégé-préparateur

Pauline Vallot, agrégée-préparatrice

S1-S2 2020-2021

Description de l’atelier

Cet atelier, ouvert à tous les niveaux et tous les départements de l’ENS et de l’EHESS, porte sur la sexualité et les rapports de genre entre étudiant·e·s sur et autour des campus d’Île-de-France. Il a été suscité à la fois par différentes enquêtes récentes sur des cas de violences sexuelles dans l’enseignement supérieur et la recherche, et par la publication depuis quelques mois des résultats d’enquêtes ethnographiques sur des problématiques similaires dans des campus américains.

Cette initiation à l’enquête portera sur des populations étudiantes en licence et master, et aura pour ambition de renouer avec une sociologie du genre attentive aux corps, à la gestion des injonctions différenciées de la vie étudiante et des rapports de pouvoirs sexués qui la trament. En s’appuyant sur la littérature existante sur ces thèmes, on s’attachera à décrire plutôt qu’à supposer le continuum des formes de violences qui rejouent les rapports sociaux et asymétries de genre, les séquences d’interactions variées dans lesquelles elles s’insèrent, et leur difficile qualification.Par son objet, l’atelier sera aussi un espace de réflexions sur des pratiques d’enquête, les dimensions éthiques de la gestion des données produites, et en particulier l’anonymisation et la protection des enquêté·e·s.

Après trois séances d’introduction à la littérature sur le sujet et aux questions pratiques que posent une enquête sur un tel sujet, l’élaboration progressive d’un protocole d’enquête et la discussion des premiers résultats feront l’objet de séances de travail collectives (là encore, la protection des enquêté·e·s et des enquêtrices/enquêteurs sera centrale). Cet atelier se validera par assiduité complète et la production d’un mini-mémoire, à rendre après les vacances de Pâques.

Organisation de l’année

Créneau horaire : mardi, 15h - 17h.
Volume horaire : 20h (10 séances de 2h)
Crédits : 9 ECTS
Séances : 13 octobre 2020, 10 et 24 novembre 2020, 08 décembre 2020, 12 et 26 janvier 2021, 09 février 2021, 16 et 30 mars 2021, 13 avril 2021.
Salle : R3 - 46

Résumés des enquêtes réalisées en 2020-2021 :

 

Des gens et du temps. Parler de violence dans les relations lesbiennes (Cassandra Gorin et Alice Javouhey)

Comment en arrive-t-on à dire la violence dans les relations lesbiennes ? Cette qualification est loin d’aller de soi. Elle est d’abord le produit d’une réflexion collective, où interviennent les groupes de pairs, la famille et les partenaires suivant·e·s ainsi que les cadres d’intelligibilité hérités des trajectoires sexuelles, scolaires et militantes. Cette qualification est progressive et loin d’être linéaire. C’est en se reposant sur les relations antérieures et postérieures et en travaillant à transformer les événements vécus ou rapportés en preuves que les enquêtées catégorisent leur relation comme violente. Sans le cadre d’analyse de la domination masculine, la violence dans les relations lesbiennes apparaît plus ambiguë et difficile à formuler, poussant parfois les enquêtées à suspecter de la violence de leur part.

(Re-)production des violences de genre et sexuelles dans les mobilisations étudiantes de lannée 2019-2020 (Emma De Andreis et Claire Jacquin)

Au travers de la mobilisation étudiante de l’année 2019/2020, ce travail entend rendre compte de la manière dont la mobilisation (re-)produit des violences de genre et sexuelles. Il faut tout d’abord revenir sur les pratiques militantes, caractérisées par une répartition genrée du travail militant (les femmes sont associées aux tâches subalternes, les hommes à l’organisation stratégique), qui entraine des rétributions différenciées. C’est sur la base de ce système sexiste, et par la présence d’un espace-temps spécifique et intense qu’ont lieu des violences de genre et sexuelles. Ce travail met en lumière l’incidence des sexualités et des identités de genre tant dans l’expérience militante, que dans l’énonciation des violences et la mise en place d’une politisation féministe de celles-ci. À ce titre, des ripostes, telles que la mise en place d’un comité en mixité choisie, voient le jour, mais sont toujours sujettes à des résistances (tant internes, qu’externes).

Les attentes liées à la rencontre d’un·e nouveau ou nouvelle partenaire pour des étudiant·es issu·es de familles de confession catholique (Swati Devichi, Hector Gros, Mariette Moulin)

Les établissements catholiques, les groupes de pairs et la famille catholique pratiquante, véhiculent des normes, des valeurs communes qui encadrent les expériences de la sexualité et de la conjugalité. Si certain·es font le choix de s’éloigner de cet apprentissage, quand iels entrent en contact avec d’autres milieux (surtout après le baccalauréat), le contrôle social reste prégnant. Ces normes encadrent les rapports de genre et les rôles attribués aux hommes et aux femmes, décrits comme complémentaires dans la Bible. La conjugalité est perçue comme un projet de long terme, la qualité d’une relation étant conditionnée selon nos enquêtées à sa durée. La sexualité est structurée par la religion catholique à différentes échelles. Elle fait référence à des rapports hétérosexuels, pénétratifs. Ils occupent une place différente mais sont pensés dans le cadre de la conjugalité : ils se déroulent au sein du couple, parfois en anticipation d’une vie matrimoniale pour s’assurer que le couple « fonctionne » au niveau de la sexualité, ou alors trouvent leur place après le mariage.

Université et violences sexuelles : comment l’institution met elle en place des dispositifs pour lutter contre le harcèlement sexuel ? (Fanny Mocella et Gaëtan Milin)

Plusieurs scandales récents de harcèlement sexuel dans l’enseignement supérieur ont eu un écho considérable et ont remis en question la gestion de ces questions par les institutions. Si l’on pense fréquemment aux grandes écoles, nous voulons au travers de cette enquête par entretiens comprendre quelles sont les logiques des processus de formalisation de dispositifs de lutte contre le harcèlement par les institutions au sein des universités. Nous parvenons à la conclusion que cette mise en place, loin d’être l’application de méthodes connues, est un lieu d’expérimentation. L’importance symbolique et l’investissement personnel des personnes qui s’en occupent sont essentiels à l’effectivité de la mise en place des dispositifs.

NB : Les autres résumés sont en cours de validation et seront publiés dans les prochains jours !